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De la VUB au CERN - rencontre avec Petra Van Mulders

Petra Van Mulders (29), chercheuse à la VUB, a annoncé début juillet sa nomination pour une fonction de responsable au sein du CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire reconnue dans le monde entier. Innovative Brussels a discuté avec la jeune chercheuse juste avant la réalisation de son nouveau défi. « Certes, je suis très fière, mais je continue à être prudente, ce n’est que le début ».
De la VUB au CERN - rencontre avec Petra Van Mulders

Petra Van Mulders

L’expérience la plus connue du CERN est le Large Hadron Collider, plus communément connue sous la dénomination ‘LHC’.  Cet accélérateur de particules est le plus grand et le plus puissant du monde. La particule Brout-Englert-Higgs y a été découverte en 2012. Cette révélation a mené en 2013 au Prix Nobel de physique accordé aux physiciens belge et britannique François Englert et Peter Higgs.

Un an plus tard, c’est une physicienne  belge qui est mise en avant : A partir de septembre, Petra Van Mulders, scientifique à la VUB, dirigera pour une période de deux ans, 80 chercheurs dans leurs études sur l’identification de quarks b. 



Madame Van Mulders, félicitations suite à votre nomination ! Pourriez-vous nous expliquer en quoi consistent votre nouveau poste et la recherche à mener ? 

A partir du 1er septembre, je superviserai pour une période de deux ans une équipe responsable de l’identification de quarks b, ce qui est un aspect important pour la recherche dans le cadre de l’expérience CMS. Ce détecteur a été construit au LHC afin d’enregistrer et d’analyser la collision entre les protons. Plus de 3.000 physiciens et ingénieurs participent à l’expérience CMS. Ils se concentrent sur certains aspects du projet afin de pouvoir analyser les collisions de particules. Leur travail va de la construction de nouveaux éléments pour le détecteur à l’identification des particules spécifiques dans le détecteur CMS en passant par la lecture du mémoire du détecteur, la reconstruction des collisions de particules, le développement du logiciel pour la distribution et l’accès aux données. Il est primordial d’utiliser de bonnes techniques d’identifications : au mieux les quarks b sont identifiables, au mieux les caractéristiques du boson Brout-Englert-Higgs sont déterminées. L’identification des quarks b contribue également à la recherche des signaux de nouvelles particules annoncées dans les théories à l’extension du modèle standard des particules élémentaires. 

Pourquoi la recherche au LHC est-elle si importante ?

Notre connaissance actuelle des particules élémentaires est résumée dans le modèle standard, dont la particule Brout-Englert-Higgs est le dernier élément à avoir été découvert. La théorie paraît très utile pour décrire les fondements de l’univers, mais elle ne décrit que 5% de la quantité totale en matière et énergie. Les 95% restants, sont de la matière noire et de l’énergie sombre dont on ne connait pas l’origine des particules. Les recherches au LHC servent à répondre à ces questions. 

Pourriez-vous nous expliquer le déroulement de la procédure de sélection ?

Au sein de la collaboration internationale du CMS, tout le monde a le droit de nommer des candidats pour ce type de fonctions d’encadrement. La nomination se fait sur base de l’expérience, la connaissance, la créativité et la confiance des collègues. Un comité de hauts dirigeants évalue les nominations avant de faire une proposition. J’ai été invitée et fort encouragée à accepter le poste. Le choix final a été approuvé à l’unanimité par le conseil de direction de l’expérience.

La nomination a-t-elle beaucoup d’impact sur votre vie privée ? Vous installerez-vous à Genève ?

Vu qu’il s’agit d’une collaboration avec des chercheurs issus du monde entier, la plupart des réunions ont lieu par conférence vidéo. Je ne juge donc pas utile de m’installer en France.  La VUB continuera à être mon institution d’accueil et mon contrat avec le FWO (Fonds pour la Recherche Scientifique en Flandres) signé en 2012, sera encore valable. Au niveau pratique, il n’y aura donc pas beaucoup de changements.

Comment êtes-vous devenue chercheuse à la VUB ?

J’ai fait mon choix d’étude très tôt. En cinquième secondaire, j’ai participé à la journée d’information à la VUB. Au stand des études sur la physique, j’ai appris que les étudiants du troisième degré pouvaient participer à une visite au CERN. Je me suis inscrite à ce stage et suis partie à Genève où j’ai eu un coup de foudre. En 2002, j’ai commencé mes études de physique à la VUB afin de découvrir le monde des particules élémentaires. Après mes études, j’ai eu l’opportunité de commencer un doctorat à l’expérience CMS au sein du CERN. En 2010, deux postes pour des chercheurs post doctoraux ont été ouverts. J’ai alors posé ma candidature. J’ai été sélectionnée et je suis restée. La VUB a toujours été mon lieu d’accueil.

La connaissance acquise à Genève vous aidera-t-elle à mener de futures recherches à la VUB ?

A Bruxelles, nous travaillons non seulement à l’amélioration des algorithmes afin d’identifier les quarks b, mais aussi à une recherche fortement liée à cette identification. Ma nouvelle fonction d’encadrement donne beaucoup de visibilité à la VUB au sein de la collaboration CMS, ce qui aura certainement une influence positive et encourageante vis-à-vis des jeunes chercheurs et des étudiants.

Vous êtes une des dirigeantes les plus jeunes et vous êtes une femme dans un secteur plutôt masculin.

C’est un grand honneur de recevoir la confiance d’une communauté de chercheurs de telle ampleur. Je suis très fière, mais je continue à être prudente, ce n’est que le début. Je trouve chouette le fait de pouvoir montrer aux autres jeunes qu’il est tout à fait possible de concilier une vie de famille et une vie professionnelle de haut niveau. J’espère pouvoir encourager d’autres jeunes femmes à choisir des études et une carrière scientifiques.

Vous avez encore d’autres ambitions ? Quel est votre plus grand rêve ?

Je n’ai pas de projets fixes. J’aimerais bien continuer à faire de la recherche, à être créative et à concevoir de nouvelles choses. Le reste, je verrai après. Il serait formidable de faire encore quelques découvertes imprévues au LHC. Imaginez-vous qu’on découvre quelque chose à laquelle personne n’ai pensé et que nous puissions ainsi écrire une nouvelle histoire, que l’on trouve quelque chose qui nous permette d’expliquer ce que sont les 95% de l’inconnu de l’univers, que l’on trouve une formule qui nous permettra de décrire « le tout ». Etablir une « théorie du tout », ce serait très beau… mais pour l’instant, ce n’est encore qu’un grand rêve (rire).

 

 

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